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Chronique des architectes
de caves - Septembre 2005-
Nous
avons perdu le fil de nos discussions depuis
de nombreux mois.
J'éprouve l'envie
et surtout l'impérieuse et colérique
nécessité d'évoquer la
situation des jeunes diplômés d'architecture
: quel est leur profil ? Souvent sans expérience,
plutôt enclins à rêver d'idéal
spatial que d'économie de projet, ils
hantent à la recherche d'un savoir technique
et informatique limités les agences d'architectures
et constituent les cohortes de l'ombre, les
architectes de caves dont les noms ne s'effaceront
jamais de pierres inaugurales car ils n'y sont
jamais inscrits. A leur côté, haut
dans la hiérarchie de l'excellence, les
mandarins de l'ancien régime trônent
en vieux lions blanchis qui, de temps à
autres, posent leurs pattes talentueuses sur
des concours de chefs d'agence. On rêve
éveillé en évoquant ces
pratiques sans âge qui déforment
la profession d'architecte, qui dévoient
et intoxiquent les jeunes diplômés
et les attachent à leur ordinateur. Leurs
" bécanes " ne sentent rien,
pas même le feutre ou les marqueurs à
l'essence : rien d'olfactif, juste la chaleur
d'une photocopieuse qui rivalise d'endurance
avec les nerfs du gratteur qui s'absorbe dans
son écran à quelques centimètres
de la bête aux trois huit. Les avez-vous
regardé sortant de leurs caves, les yeux
rougis, la peau incolore des charrettes inutiles
voulues par le maître d'ouvrage qui, rarement
pressé impose cependant des délais
d'exécution sans rapport direct avec
la vie des projets ? Et ainsi, avec la complicité
scandaleuse de la Star d'agence qui rythme à
des cadences infernales les heures des architectes
de caves, nos sujets poursuivent leur éblouissante
carrière de pierre, de CDD de 5 jours
en CCD d'un mois.
Quelques
uns ont la chance, le privilège d'obtenir
les faveurs du maître et d'être
embauché en CDI : quelle
belle réussite pour ces nouveaux cheveux
blancs de 30 ans qui, à leur tour, pressureront
leurs cadets avec une joie sans mélange.
Belle spirale en vérité et quelle
revanche sur leurs aînés, quand
on sait d'expérience de maître
d'ouvrage l'inutilité et la perte de
sens d'un tel mode de vie. Rassurez-vous ils
sont nombreux ceux qui entretiendront ces bonnes
pratiques : la soif de dominer et la bêtise
n'ont pas de limites dans notre profession,
l'air du temps ne souffle pas du côté
du siècle des Lumières.
Cette
chronique est ouverte à tous ceux qui
veulent changer le sens du vent, s'en
amuser ou même justifier la pérennité
incompréhensible du goulag moderne de
l'architecte de cave.
Matthieu
pour APN
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